Union Syndicale des Travailleurs de la Métallurgie de l'Hérault
Affaire Cahusac : l'arbre qui cache la forêt !
L'ANI du 11 janvier : danger immédiat !
Mise à jour : 8 décembre 2014, 19:08:16
Introduction

En Angleterre, les premières lois sur les salaires adoptées par la Chambre des Communes entrainèrent ce commentaire d'Adam Smith, le père de l'économie libérale : « Toutes les fois que la législature essaie de régler les démélées entre les maîtres et les ouvriers, ce sont toujours les maîtres qu'elle consulte » (Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations).

Karl Marx, qui a retenu cette citation d'Adam Smith dans la section 8 sur l'accumulation primitive (Le capital, Livre I), cite également un avocat angais disant, en 1850 : « La législation était toujours prête à interposer son autorité au profit des patrons ; est-elle impuissante dès qu'il s'agit de l'ouvrier ? ».

Le capitalisme naissant n'y allait pas de main morte : le « Statut des Travailleurs », de 1349 interdisait, « sous peine d'emprisonnement, de payer au délà du salaire fixé ; mais celui qui touche un salaire plus élevé encourt une punition plus sévère que celui qui le donne » (Karl Marx, Le Capital, Livre I). Karl Marx ajoute que « l'esprit du statut de 1349, et de ceux auxquels il servit de modèle, éclate surtout en ceci que l'on y fixe un un maximum légal au-dessus duquel le salaire ne doit point monter, mais que l'on se garde bien de prescrire un minimum légal au-dessous duquel il ne devrait pas tomber ».

Concernant l'emploi, en Angleterre au 16ème siècle, une ordonnance royale décide que « tout individu réfractaire au travail sera adjugé pour esclave à la personne qui l'aura dénoncé comme truand » (Karl Marx). En France, « jusqu'au commencement du règne de Louis XVI, tout homme sain et bien constitué, âgé de 16 à 60 ans et trouvé sans moyen d'existence et sans profession, devait être envoyé aux galères ». (Karl Marx)

Les bonnes âmes nous rappellent que ces temps-là sont révolus, que le niveau de vie a progressé, etc. Mais ça mérite qu'on y regarde de plus près. On fera les observations suivantes :

L’affaire Cahusac, c’est l’arbre qui cache la forêt

L’affaire Cahusac est scandaleuse : ce ministre du budget, responsable de la lutte contre la fraude fiscale, était lui-même un fraudeur. Pendant quatre mois, il a menti à tout le monde, « les yeux dans les yeux ». La publication par Médiapart, le 4 décembre 2012, d’informations sur le compte bancaire en Suisse (puis à Singapour) de Jérôme Cahusac aurait dû motiver la classe politique, les médias, les citoyens, les pouvoirs publics, la justice, afin qu’une enquête judiciaire démarre dès ce moment-là.

Ce n’est pas ce qui s’est passé. Au contraire, on a observé trois phénomènes :

Pourquoi la classe politique et les médias ont-ils été aussi « cool » vis-à-vis de Cahusac ? Parce qu’il est considéré comme un spécialiste des finances publiques et du budget ? Par seulement. La vraie raison est à chercher ailleurs : c’est un ancien chirurgien, propriétaire d’une clinique privée, donc un patron. Mais sa spécialité ne rapportait pas assez : il a monté une clinique parisienne d’implants capillaires dans les beaux quartiers, parce que ça rapporte plus. Membre du cabinet de Claude Evin (1988-1991, gouvernement Rocard), il est chargé des relations avec l’industrie pharmaceutique. Après la démission de Rocard, il monte une société de conseil à l’industrie pharmaceutique, pour faire de la thune !

Devenu député-maire de Villeneuve sur Lot, il devient au parlement président de la Commission des Finances puis à partir de mai 2012, ministre du budget. Compétent, hyperactif, une tchatche d’enfer, il est considéré comme l’homme de la situation pour faire avaler la pilule des plans d’austérité à l’opinion publique.

Le fait que Jérôme Cahusac ait avoué ne va pas faire de lui un innocent, au contraire. Il sera probablement condamné. Mais, médiatiquement, ce qu'on observe est incroyable : les politiciens, les journalistes, les intellectuels sont en train de concentrer toutes leurs critiques sur l’individu Cahusac. En faisant de Jérôme Cahusac le seul condamnable, en mettant l’accent sur le caractère particulier de la faute individuelle, ils sont en train d’essayer de dresser un mur de fumée afin que les citoyens ne prennent pas conscience de cet évidence : Cahusac n’est pas un homme seul. C’est l’homme d’une caste, celle des privilégiés, d’une culture, d’une classe, d’une idéologie.

Le cordon sanitaire qui est en train d’être mis en place autour de Jérôme Cahusac a une fonction : faire en sorte que les citoyens n’aillent pas plus loin que son cas individuel, s’arranger pour que la logique du système capitaliste et l’idéologie néolibérale ne soient pas mises en cause.

Jérôme Cahusac, c’est la l'écume du capitalisme

Mais les salariés, les retraités, les privés d’emploi constatent jour après jour les contradictions qui découlent de l’idéologie néolibérale et sont la cause déterminante, au niveau mondial, de l’augmentation du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, conditions qui permettent l’enrichissement sans limite d’une minorité inférieure à 1 % de la population.

Quels sont les illusions de cette idéologie libérale ?

Croire que l’histoire, la sociologie, l’économie, la politique ne mettent en jeu que des individus.

Ces individus auraient des droits naturels, en particulier le droit de propriété (que chacun soit propriétaire de sa brosse à dents, de sa voiture, de sa télé, de son frigo de son smartphone, pourquoi pas ? On pourrait trouver d’autres solutions sur ces biens de consommation, mais passons !). Ce n’est pas le droit de propriété en général – qui est abstrait – mais un droit de propriété concret particulier : le droit de propriété des moyens de production. Celui-ci divise obligatoirement la masse prétendue homogène des individus en au moins en deux classes : ceux qui possèdent les moyens de production et les autres. Pourquoi cette distinction est-elle fondamentale ? Parce qu’elle introduit un lien de subordination légal des premiers sur les seconds. Aujourd’hui, numériquement, la répartition est, grosso modo, de 5 % pour les propriétaires des moyens de production et de 95 % pour les autres.

On nous dit qu’il s’agit d’un droit naturel. D’abord, c’est faux pour l’humanité. Les hominidés, branche particulière des primates existent depuis plusieurs centaines de milliers d’années. Le concept de propriété, appliqué au cheptel et à la terre n’est avéré, au plus, que depuis 10 000 ans. Ce n’est pas un droit naturel, c’est un droit né au fur et à mesure de l’évolution de la société humaine. Ce droit de propriété des moyens de production est si peu naturel qu’il n’existe pour aucune autre espèce animale. Le seul comportement instinctif qu’on observe par ailleurs, c’est le droit des prédateurs : tout le monde connaît ces documentaires animaliers dans lesquels un groupe de crocodiles attend que le troupeau de zèbres ou de gnous veuille traverser la rivière. Dans la nature, le modèle du « droit » naturel, c’est le carnage.

La richesse acquise (l’héritage) et l’enrichissement (l’accumulation) récompenseraient le mérite personnel, la performance.

Personne (et en particulier les DRH) n’a été capable de fixer un mode d’évaluation du mérite ou des performances. Quand on gratte un peu, on s’aperçoit que les critères d’évaluation ou de notation sont essentiellement subjectifs : ils se ramènent peu ou prou au respect de règles et dans ce cas, ils mesurent le conformisme, ou bien ils sont carrément subjectifs et se résument à la tête du client.

D’ailleurs, personne ne se bat pour démontrer l’objectivité des critères d’évaluation. Pratiquement personne ne dit : cette personne est méritante, donc, elle doit être riche. On entend surtout : si cette personne est riche, c’est quelle est méritante. La preuve du mérite, c’est la richesse. Mme Bettencourt est méritante parce qu’elle est riche, et pas l’inverse.

Les marchés auraient une fonction auto-régulatrice

Or, il y a autant de marchés qu’il y a de lieux et de marchandises. Pour parler de fonction auto-régulatrice des marchés, il faudrait que tous ces marchés s’équilibrent en même temps. C’est ce que l’idéologie néolibérale appelle l’équilibre général. Un tel équilibre général n’a jamais été observé. Mais il a une valeur idéologique certaine, surtout quand on prétend que cet équilibre général est un optimum.

C’est quand même admirable, toutes ces hypothèses totalement invérifiables ! Ceux qui vous disent que la loi du marché conduit à un optimum disent en réalité :

Bref, une des différences entre le système féodal européen et le capitalisme est la suivante : dans le premier cas, la richesse et le pouvoir sont de droit divin, dans le second cas, la richesse et le pouvoir sont attribués de manière instantanée et optimale par l’équilibre général des marchés.

Il y a cependant un petit problème : le droit naturel n’existe pas, l’homo oeconomicus (celui qui sait tout et décide rationnellement) n’existe pas et l’équilibre général des marchés n’existe pas. Il n’y a que des déséquilibres : le chômage augmente, le pouvoir d’achat diminue, la dette publique et le déficit budgétaire augmentent, la balance commerciale est déficitaire, etc. Il n’y a pas d’équilibre, il n’y a que des déséquilibres et des crises cycliques.

Les dysfonctionnements des marchés, donc les crises, sont de la conséquence des politiques antilibérales

Les libéraux tirent de cette illusion qu’il ne faut surtout pas que les états interfèrent sur les marchés. Pour les idéologues néolibéraux, dès qu’il y a intervention de l’état (les lois et règlements, les impôts, les services publics, etc.) le système n’arrive plus à s’équilibrer tout seul. À cause de l’intervention de l’État, le système ne fonctionnerait pas. À cause du Smic, des syndicats, de la sécurité sociale la concurrence serait faussée.

D’où la volonté des politiques néolibérales de rétablir un environnement de concurrence non faussée permettant aux marchés de fonctionner de manière optimale par des politiques supprimant les rigidités, c’est-à-dire, les réglementations, les services publics, la sécurité sociale, les syndicats et comme disait Mme Parisot, le code du travail. Pour les néolibéraux, la déréglementation permet de libérer les marchés.

Mais il y a un problème : toutes les périodes de déréglementation importante sont suivies par des crises financières et économiques particulièrement graves. Ce n’est pas la réglementation qui crée la crise c’est le contraire. Après la guerre de 14-18, les États-Unis ont connu 10 ans de libéralisation. Le résultat, ce fut la crise de 1929. Il aura fallu la seconde guerre mondiale (50 millions de morts) et une nouvelle réglementation pour que l’économie mondiale reparte. À partir des années 1970, les néolibéraux imposèrent à nouveau leur idéologie qui trouva une expression politique dans des gouvernements de droite comme Reagan aux États-Unis, Thatcher en Grande Bretagne, Giscard-Barre en France, etc. Ce fut le début de la déréglementation tous azimuts. Tous s’y mirent : le Fonds Monétaire International, La Commission Européenne, les banques centrales et, pour ce qui concerne la zone euro, la Banque Centrale Européenne. Tout ceci a conduit à une nouvelle crise financière mondiale. Elle commence en 2007, explose en 2008 et cinq ans après les peuples constatent qu’on n’est pas prêts d’en sortir.

Le mot d’ordre néolibéral : pour supprimer les fraudes, supprimons les règles !

Si la vitesse des véhicules n’était pas limitée, il n’y aurait pas d’excès de vitesse, et par suite pas d’amende ou de perte de points. Et il y aurait davantage de morts chaque année sur les routes.

C’est exactement ce que dit Mme Parisot, pour quelques instants, encore présidente du MEDEF : « la liberté de pensée s’arrête là ou commence le code du travail ». C’est la base idéologique de l’accord MEDEF-CFDT du 11 janvier 2013, qui n’est qu’un moyen supplémentaire d’augmenter la précarité des emplois et d’accompagner les plans d’austérité.

Naturellement, la CGT s’oppose à cette liberté de pensée qui ne s’intéresse qu’aux propriétaires des moyens de production.

Il est particulièrement choquant d’entendre le MEDEF et la CFDT exiger du parlement qu’ils transposent l’ANI tel quel dans le code du travail. Il est affligeant d’entendre le président de la république et le gouvernement accepter cette exigence. Bien sûr, la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale a reçu les syndicats. Une délégation de la CGT, conduite par Thierry Lepaon, a été reçue par cette commission. On fera deux observations :

On trouve, sur le site web de la CGT ( www.cgt.fr ) le texte intégral de l’audition de la délégation CGT par la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale.

On trouve également, sur le site web du syndicat CGT Métaux Montpellier( Audition de la CGT par la commission des affaires sociales de l'assemblée nationale ) le même compte rendu mais commenté. La présentation en est améliorée, et, surtout, en plus des interventions des membres de la délégation CGT, les commentaires et les explications éclairent le mauvais coup qui se prépare contre le code du travail.

Et là, on est obligé de faire le rapprochement avec ces politiciens qui vivent aux confins du monde politique et du monde des affaires. Jérôme Cahusac, en tant que chef d’entreprise (propriétaire de clinique ou de cabinet conseil) baigne dans l’idéologie néolibérale. En tant que politicien, c’est un social libéral, il baigne encore dans l’idéologie néolibérale. Dans sa vie personnelle, pourquoi voudrait-on qu’il raisonne autrement ? Il est convaincu qu’il doit sa richesse à son mérite, il est convaincu que la libre circulation des capitaux doit être la règle, il est convaincu que le taux de prélèvement est confiscatoire. Il est comme un conducteur de Porsche sur une autoroute : la limitation de vitesse, ce n’est pas pour lui.

Le document mis en ligne sur le web est d’une certaine longueur. On a essayé de le présenter d’une manière attrayante et de donner à chaque fois des explications qu’on veut claires. Lisez-le ! Vous comprendrez pourquoi le projet de loi du gouvernement, en l’état, est un mauvais coup contre l’emploi, contre les travailleurs, contre les privés d’emploi.

C’est pourquoi le syndicat CGT Métaux Montpellier demande à tous ses adhérents et sympathisants de participer à la manifestation du 9 avril à Montpellier (Rendez-vous au Peyrou à 15 heures).

La société française est en crise profonde : nous devons tous, en tant que salariés, précaires, privés d’emploi, retraités affirmer bien fort avec la CGT que la question primordiale aujourd’hui, ce n’est pas la dette publique, ce n’est pas le déficit budgétaire. Non, le primordial, c’est la vie des gens, ce sont les conditions de vie et de travail, c’est la capacité de faire face au coup de la vie.

Ensemble, nous sommes la très grande majorité, nous somme le nombre, nous avons la force potentielle d'imposer des changements véritables. Et bien, utilisons cette force pour le progrès social et non pas pour faire vivre les parasites qui spéculent sur la misère du peuple.